Christine Jeanney La mode, ma vie
Conseils femmes 9 min de lecture

Jupe plissée dont les plis s'effacent : comment les reformer

Elle était nette en boutique, elle ressort de la machine avec des plis mous qui ne tombent plus droit. Avant de sortir le fer, il faut savoir de quoi est faite votre jupe : c'est la matière qui décide si ses plis peuvent revenir, et comment.

Jupe plissée carmin posée sur une planche à repasser, plis maintenus par des épingles et en partie recouverts d'une pattemouille, fer ancien et craie de tailleur à côté
Conseils femmes · Christine Jeanney

Elle tombait parfaitement en boutique, chaque pli bien droit du ventre à l’ourlet, avec ce mouvement léger qui fait tout le charme d’une jupe plissée. Elle ressort de la machine avec des plis mous, qui s’ouvrent et se croisent, et un volume qui a perdu toute sa discipline. Le réflexe est de sortir le fer et de tout aplatir. C’est souvent la pire chose à faire.

Une jupe plissée n’est pas une jupe comme les autres : ses plis tiennent soit par la chaleur, soit par le repassage, et tout dépend de la fibre. Avant d’agir, il faut donc lire l’étiquette. Je vous explique comment reconnaître le type de plissé que vous avez entre les mains, comment le reformer quand c’est possible, et comment le laver pour ne plus avoir à le faire.

Pourquoi une jupe plissée perd ses plis au lavage

Un pli, c’est une pliure qu’on a forcé le tissu à garder. Pour qu’il tienne, il faut que la fibre accepte de mémoriser cette forme. Deux familles de matières réagissent de façon opposée.

Les fibres synthétiques thermoplastiques, polyester en tête, se ramollissent à la chaleur et se figent en refroidissant. En usine, on plie le tissu dans des moules de carton ou de papier, puis on le passe à la vapeur et à haute température : le pli est fixé dans la fibre elle-même. C’est ce qu’on appelle un plissé thermofixé, ou plissé permanent. Il résiste à l’eau, mais pas à une chaleur qui dépasse celle de la fixation ou qui s’en approche trop longtemps.

Les fibres naturelles et artificielles, laine, coton, lin, viscose, ne se laissent pas fixer ainsi. Leurs plis tiennent par le repassage, l’humidité et la vapeur qui ont marqué la pliure, parfois aidés par un apprêt. L’eau du lavage détend la fibre et efface ce marquage. Ces plis-là s’en vont plus facilement, mais ils reviennent aussi plus facilement.

Identifier son plissé avant d’agir

La forme des plis compte autant que la matière. Posez la jupe à plat et observez.

  • Les plis couteau : tous orientés dans le même sens, larges de 2 à 5 cm. Ce sont les plus faciles à reformer.
  • Les plis creux ou plis religieuse : deux plis qui se font face et se rejoignent sur l’endroit, fréquents sur les jupes d’uniforme et les jupes trapèze.
  • Le plissé soleil : des plis très fins qui partent de la taille en s’élargissant vers l’ourlet, sur une jupe coupée en rond. Il est toujours thermofixé.
  • Le plissé accordéon : des plis fins et réguliers de même largeur du haut en bas, souvent sur des jupes midi en voile ou en satin de polyester.
MatièreType de pliLes plis reviennent-ils à la maison ?Méthode
Polyester, plis couteau largesThermofixéEn partieFer deux points, pattemouille, poids pendant le refroidissement
Polyester, plissé soleil ou accordéonThermofixéNon s’il est écraséAtelier de plissage
Laine, flanelle, crêpe de laineRepasséOui, très bienFaufil, pattemouille humide, vapeur
Coton, linRepasséOui, mais tient peuPattemouille, amidon léger
ViscoseRepasséOui, avec précautionFer doux, pattemouille sèche, pas de vapeur forte

Si l’étiquette a disparu, un indice simple : un plissé fin et parfaitement régulier sur une jupe légère et fluide est presque toujours du polyester thermofixé. Un pli épais, un peu arrondi au bord, sur une matière qui gratte légèrement ou qui sent la laine mouillée au repassage, est un pli repassé. Pour déchiffrer les symboles et les compositions, je renvoie à mon guide pour lire et comprendre les étiquettes de vêtements.

Reformer des plis en laine, coton ou viscose : la méthode d’atelier

C’est le cas le plus fréquent, et le plus gratifiant. Il vous faut une planche à repasser, un fer à vapeur, une pattemouille, c’est-à-dire un linge de coton fin qu’on pose entre le fer et le tissu, des épingles fines, du fil de coton et une aiguille.

  1. Retrouvez les lignes de pli. Même effacés, les plis laissent une trace, souvent visible sur l’envers ou près de la ceinture où ils sont cousus. Marquez-les si besoin d’un trait de craie de tailleur sur l’envers.
  2. Reformez les plis à la main, sur la jupe posée à plat, en commençant par la taille. Chaque pli doit avoir la même profondeur du haut en bas.
  3. Épinglez chaque pli tous les 10 cm environ, en plantant l’épingle dans le sens de la longueur pour qu’elle ne marque pas.
  4. Faufilez à grands points, 1 à 2 cm, le long de chaque pli, puis retirez les épingles. C’est le faufil qui va tenir le pli pendant le repassage et le refroidissement.
  5. Pressez sous une pattemouille humide, fer posé sans glisser, trois à cinq secondes par endroit, en remontant pli par pli de l’ourlet vers la taille.
  6. Retournez la jupe et répétez sur l’envers, pour marquer le pli des deux côtés.
  7. Laissez sécher et refroidir complètement sur la planche ou suspendue, faufil en place, au moins une heure. Ne retirez le faufil qu’ensuite.

Sur le coton et le lin, le pli tiendra moins longtemps qu’en laine, c’est dans la nature de la fibre. Un amidon léger vaporisé sur l’envers avant le repassage l’aide à passer la journée. Sur la viscose, plus fragile une fois mouillée, préférez une pattemouille à peine humide et un fer sans vapeur forte : la viscose trempée se déforme et peut rétrécir.

Plissé en polyester : ce qu’on peut rattraper, ce qu’on ne peut pas

Sur une jupe en polyester, il faut être honnête : on ne recrée pas chez soi une thermofixation industrielle. On peut en revanche raviver des plis qui ont simplement été ramollis.

Pour des plis couteau larges, suivez la même méthode que pour la laine, épingles et faufil compris, avec deux différences. Réglez le fer sur deux points, jamais plus : le polyester lustre dès trois points, et au-delà il fond. Et ne comptez pas sur la vapeur seule, c’est la chaleur modérée suivie d’un refroidissement sous pression qui marque le pli. Posez un livre lourd, protégé d’un linge, sur chaque section repassée pendant qu’elle refroidit.

Pour un plissé soleil ou accordéon écrasé, n’essayez pas au fer : vous obtiendrez des plis irréguliers qui se verront davantage que les plis mous. Deux options restent ouvertes. Si les plis sont seulement relâchés et pas effacés, lavez la jupe à la main à l’eau froide, puis suspendez-la par la ceinture en torsadant doucement le bas sur lui-même, comme on essore une serviette, et laissez-la sécher ainsi : les plis se resserrent souvent d’eux-mêmes. S’ils ont disparu, seul un atelier de plissage peut reprendre la jupe, sur devis.

Plis repassés ou plis thermofixés

Plis repassés : laine, coton, viscose

  • s’effacent plus vite à l’eau et à l’humidité
  • se reforment très bien à la maison
  • demandent un repassage régulier
  • vieillissent bien, la pièce dure des années

Plis thermofixés : polyester

  • résistent à l’eau et aux lavages à 30 °C
  • se perdent à la chaleur, lavage chaud ou sèche-linge
  • ne se refont qu’en atelier une fois effacés
  • demandent peu d’entretien s’ils sont respectés

Laver une jupe plissée sans perdre les plis

La meilleure reformation est celle qu’on n’a pas à faire. Voici la routine que j’applique à toutes les jupes plissées de l’atelier.

  • Faufiler avant de laver. Dix minutes pour passer un grand point de faufil le long de chaque pli, sur toute la hauteur. Les plis ne peuvent plus se croiser ni s’ouvrir dans l’eau.
  • Laver à la main de préférence, dans une eau à 30 °C, en pressant la jupe sans jamais la tordre. En machine, dans un filet, programme délicat ou laine, 30 °C, essorage 400 tours maximum.
  • Ne jamais utiliser le sèche-linge, même en programme doux. C’est la première cause de plissé polyester perdu.
  • Suspendre aussitôt par la ceinture, sur un cintre à pinces, plis alignés à la main. Quelques pinces à linge sur l’ourlet, placées de façon à fermer les plis, les aident à sécher bien droits.
  • Retirer le faufil une fois la jupe entièrement sèche, jamais avant.

Une jupe plissée en laine n’a d’ailleurs pas besoin d’être lavée souvent. Un brossage après chaque port et une nuit à l’air suffisent la plupart du temps, et un passage au pressing une fois par saison garde ses plis intacts.

Ranger et porter sa jupe plissée pour que les plis tiennent

Les plis se perdent aussi dans l’armoire. Une jupe pliée en quatre dans un tiroir, ou tassée entre deux manteaux, se retrouve avec des marques transversales qui cassent la ligne des plis. Rangez-la suspendue, par la ceinture, sur un cintre à pinces, avec un peu d’espace de chaque côté.

Pour un plissé soleil fragile, certaines maisons livrent la jupe torsadée et glissée dans un bas ou un tube de tissu. Ce n’est pas une coquetterie : c’est la meilleure façon de ranger ou de mettre en valise un plissé fin, qui ressort sans un pli de travers. Un vieux collant propre, jambe coupée, fait parfaitement l’affaire.

Au porter, la position assise est l’épreuve la plus dure. Prenez l’habitude de lisser la jupe sous vous en vous asseyant, plis orientés vers le bas, plutôt que de vous asseoir dessus en boule. Et en voiture, sur un long trajet, un plissé en laine souffre : un plissé en polyester supporte bien mieux les heures assises. C’est un critère à garder en tête si vous hésitez entre deux jupes, tout comme la longueur, dont je parle dans mon article sur la jupe midi.

Quand confier la jupe à un professionnel

Trois situations justifient de ne pas insister à la maison : un plissé soleil ou accordéon complètement écrasé, une jupe en soie plissée, dont la fibre tache à l’eau et marque au fer, et une pièce ancienne ou de valeur. Un pressing qui propose un repassage à la main peut reprendre des plis couteau en laine pour une somme modeste. Pour un vrai replissage, votre retoucheur vous orientera vers un atelier de plissage : ils sont peu nombreux en France, travaillent souvent à distance par colis, et établissent un devis selon la longueur de tissu et le type de pli.

Ce week-end, sortez votre jupe plissée et regardez son étiquette. Si elle est en laine, en coton ou en viscose, prévoyez une heure, du fil, des épingles et une pattemouille : ses plis vont revenir. Si elle est en polyester et que les plis sont simplement mous, tentez le lavage à la main et le séchage torsadé. Et quelle que soit la matière, adoptez dès le prochain lavage le faufil, le filet, les 30 °C et le séchage par la ceinture. Votre jupe gardera le mouvement que vous aimiez en boutique.

Vos questions, mes réponses

Pourquoi ma jupe plissée a-t-elle perdu ses plis au lavage ?

Deux causes se combinent souvent. La température d'abord : un plissé en polyester est fixé par la chaleur en usine, et une eau trop chaude ou un sèche-linge ramollit la fibre et défait une partie de ce qui avait été fixé. Le brassage ensuite : dans le tambour, la jupe se tord et les plis se croisent. Sur les fibres naturelles, le simple contact de l'eau suffit à détendre un pli, puisqu'il ne tient que par le repassage.

Peut-on reformer les plis d'une jupe en polyester ?

En partie. Des plis couteau larges, simplement ramollis, se reprennent au fer réglé sur deux points, sous une pattemouille humide, pli par pli, en laissant refroidir sous un poids. Ils ne retrouveront pas tout à fait la netteté d'origine. En revanche, un plissé fin type soleil ou accordéon totalement écrasé ne se refait pas au fer : il faut le confier à un atelier de plissage. Surtout, ne montez jamais le fer au maximum, le polyester lustre puis fond.

Comment laver une jupe plissée sans perdre les plis ?

Faufilez d'abord les plis à grands points sur toute la hauteur, avec un fil de coton. Glissez la jupe dans un filet, lavez à 30 °C sur un programme délicat ou laine, essorage 400 tours maximum. À la main, c'est encore mieux : on presse sans tordre. Suspendez-la aussitôt par la ceinture, plis bien alignés, et ne retirez le faufil qu'une fois la jupe parfaitement sèche. Les plis ressortent presque intacts.

Le vinaigre blanc aide-t-il vraiment à marquer les plis ?

Sur la laine et le coton, oui, c'est un vieux geste d'atelier. On imbibe la pattemouille d'eau additionnée d'un peu de vinaigre blanc, environ une cuillère à soupe pour un demi-litre, avant de presser le pli. Le pli ressort plus net et tient mieux. Faites toujours un essai sur l'envers d'un rempli, car certaines teintures fragiles n'aiment pas l'acidité. Sur le polyester, le vinaigre n'apporte rien : seule la chaleur agit.

Combien coûte un replissage en atelier ?

Il n'existe pas de tarif unique : les ateliers de plissage travaillent sur devis, selon la longueur de tissu, le type de pli et la matière. Pour une jupe, comptez généralement plusieurs dizaines d'euros. Ce n'est rentable que sur une belle pièce, en laine ou en crêpe de qualité, à laquelle vous tenez. Demandez à votre retoucheur : il connaît en général un plisseur ou un atelier avec lequel il travaille régulièrement.

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